Vendredi 16 Mai 2008

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Cabinet de recrutement : Robert Walters

Cabinet de recrutement : Robert WaltersCosmopolite dans l'âme, voyageur infatigable, vous rêvez de faire carrière à l'international... Attention cependant à ne pas confondre baroud et stratégie de carrière ! Antoine Morgaut, Directeur du cabinet Robert Walters Paris, nous aide à faire le point sur les erreurs à ne pas commettre et évalue les chances des Français sur le marché de l'emploi international.


Direct Emploi : Comment définiriez-vous un bon profil international ?

Antoine Morgaut : C'est une évidence de parler des compétences linguistiques, mais l'on se doit de les rappeler car elles sont essentielles !

Il faut être aussi mobile géographiquement et accepter de se rendre dans des provinces ou des pays distants car on ne commence pas toujours sa carrière par New York ou San Francisco.

Mais il faut être également mobile intellectuellement pour être capable de se plier à des cultures différentes. A titre d'exemple, Talleyrand est l'une des figures les plus représentatives de cet état d'esprit curieux et ouvert : voyageur infatigable et diplomate intelligent, il est le modèle de l'ambassadeur habile qui n'impose pas ses idées et sait manier parfaitement l'approche indirecte.

Direct Emploi : Quelle est la stratégie A adopter pour un jeune diplômé qui souhaite faire ce type de carrière ?

Antoine Morgaut : L'important est de ne pas se tromper d'employeur ni de secteur au départ ! Certains domaines comme l'informatique, Internet ou le secteur bancaire offrent des perspectives d'ouvertures importantes.

Quel que soit le pays, on y manie un langage technique commun, le plus souvent en anglais, qui facilite l'intégration et la mobilité. D'autres secteurs nécessitent des connaissances plus approfondies des caractéristiques locales et offrent moins de souplesse. Il y a également des groupes qui favorisent la mobilité et d'autres moins.

Direct Emploi : Y a-t-il des erreurs à ne pas commettre ?

Antoine Morgaut : Il faut à mon avis se méfier des postes qui peuvent paraître très attrayants au départ, mais dans lesquels on risque de s'enliser, surtout pour les jeunes diplômés. Je songe par exemple à des pays d'Asie ou d'Afrique en voie de développement, où l'approche du management reste très coloniale. Certes, on peut y vivre comme un nabab, mais l'on aura ensuite beaucoup de difficultés à se repositionner.

Tout dépend en fait du choix que l'on fait. Si l'on raisonne en baroudeur, cela ne pose aucun problème, mais si l'on réfléchit en termes de stratégie de carrière, une expérience dans des pays dits « exigeants » qui appartiennent à une même communauté culturelle comme l'Angleterre ou en Allemagne sera beaucoup plus crédible.

Direct Emploi : Quels sont les autres pays où une expérience sera valorisée ?

Antoine Morgaut : Parmi les pays où il est intéressant de s'investir pour une carrière future, il faut vraiment songer en ce moment à la Chine. Le pays possède un potentiel extrêmement dynamique. Des villes comme Shanghai font preuve d'une incroyable réceptivité au changement ! Les pays de l'Europe de l'est comme la Pologne offrent également des opportunités très intéressantes, de même que le Brésil.

Direct Emploi : Que vaut le profil franCais sur le marché de l'emploi international ?

Antoine Morgaut : De façon générale, la France manque de vrais profils internationaux, et il faut accepter de reconnaître que nous sommes nuls pour les langues ! Le niveau d'anglais de la plupart des Français est catastrophique. Beaucoup de jeunes qui affirment le parler couramment perdent pied dans un entretien au bout de deux ou trois mots !

Cela vient sans doute de cette obstination à préserver la fameuse « spécificité culturelle française ». Cette arrogance nous a fait perdre beaucoup de temps, et nous sommes très en retard par rapport à des pays comme la Belgique ou les Pays-Bas. En Belgique, on apprend deux langues dès la naissance, et très vite une troisième pour mettre tout le monde d'accord.

D'autres facteurs comme les 35 heures ou les grèves font que les Français sont souvent les derniers choisis quand une société étrangère cherche à recruter ! Il y a quand même des contre-exemples comme les ingénieurs de la Silicon Valley qui réussissent très bien, mais ils restent peu nombreux.

Direct Emploi : Pourtant les formations encouragent de plus en plus les stages ou les années d'étude à l'étranger...

Antoine Morgaut : Quelques-unes le font, mais elles sont trop peu nombreuses, et les transformations sont très lentes. Cela ne suffira pas dans dix ans alors que le phénomène informatique va encore accélérer la délocalisation. C'est regrettable quand on sait que notre système secondaire est reconnu comme le meilleur, et que le savoir de nos techniciens et ingénieurs est très apprécié. Si nous étions meilleurs en langues, nous pourrions décrocher tous les postes internationaux !