Jeudi 7 Aout 2008
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Comme chaque mois, Jean-Denis Barré, Développeur à Los Angeles, nous envoie la chronique de sa vie aux USA. Une réflexion plutôt aigre que douce sur la politique d'environnement américaine...
"Quand le ciel bas et lourd..."
Amateur de belles mécaniques, j'aime pourtant de moins en moins les voitures depuis que je vis aux États-Unis.
Où mieux qu'à Los Angeles peut-on se poser des questions sur leur place dans la société ? Il suffit de se trouver au sommet d'une montagne un jour de beau temps pour apprécier l'épaisseur de la couche de saleté que nous respirons au quotidien.
En ce moment, les circonstances sont un peu exceptionnelles : il y a du vent et il fait froid (entendez par là pas plus de 30°). Mais dès que le vent cesse de souffler, la qualité de l'air devient "modérée". Selon les jours, les catégories sont "bonne, modérée, mauvaise pour la santé, très mauvaise pour la santé, dangereuse...".
Au sommet des montagnes qui encadrent notre belle vallée, la neige vire souvent au jaune sale. Et puis, au bout d'un moment, on ne voit même plus les montagnes. Et ne croyez pas qu'il suffise d'une bonne brise pour que la pollution disparaisse définitivement : elle s'étend joyeusement en dehors de la ville, dans le désert et les zones rurales, jusqu'au Nevada et au Mexique. Elle s'ajoute à celle qui est émise par San Francisco, San Diego, Fresno et Mexicali pour tout recouvrir d'une grosse couche compacte.
L'un de mes collègues est venu passer un entretien d'embauche au mois d'août. En prenant son poste en février, il a découvert avec étonnement la présence des montagnes qu'il n'avait jamais vues !
Car, sweet car
A n'en pas douter, le Martien qui mettra pour la première fois les pieds à Los Angeles s'imaginera que la voiture est l'espèce dominante sur notre planète. Dans cette ville, les géographes on calculé qu'il y avait davantage d'espace dévolu aux automobiles qu'aux humains !
On a vite fait de comprendre comment les Américains consomment 1/4 de l'énergie utilisée sur la planète : les maisons sont mal isolées, les voitures sont énormes, et les villes, qui sont trois fois moins denses qu'en Europe, sont tentaculaires. En France, il est fréquent d'habiter à 50 km de son lieu de travail. La norme, ici, c'est plutôt 50 miles ...
Je fais donc figure d'exception puisqu'il m'arrive de me déplacer à pied pour aller au magasin le plus proche.
Comme les sociologues ont du temps à perdre, ils ont calculé le temps et l'argent que l'Américain moyen consacrait à sa voiture : 1/3 du temps qu'il passe à son travail lui permet de payer les traites, les taxes, le carburant... Le reste du temps, il le passe à la laver, la bichonner, l'entretenir... Ici, les vieillards, les pauvres, tous ceux qui n'ont pas accès à la voiture sont isolés, un peu comme s'il vivaient sur une île déserte au milieu de la ville.
Quand on songe au coût de la voiture pour la société et l'environnement, ça vous donne le vertige ! Imaginez un peu l'argent dépensé pour fabriquer, distribuer, faire rouler, détruire et recycler tous ces ogres à fuel !
Du haut de la montagne, je contemple une mer de petites maisons à perte de vue sillonnée par des autoroutes et couverte de "smog". C'est LA et ce n'est pas réjouissant !
Jean-Denis Barré