Mercredi 9 Juillet 2008
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De son premier magasin bordelais à un vaste réseau international, Alain Afflelou affiche une réussite guidée à la fois par de fortes convictions et une vraie capacité à la remise en question.
Finalement, pas si fou Afflelou !*
L'ennui comme déclic !
S'il est un patron star qui aime se mettre en scène, c'est bien Alain Afflelou. Pourtant, c'est avec beaucoup de sobriété et de simplicité qu'il évoque son parcours : "C'est en 1972 que s'est produit le déclic, raconte-t-il. Je m'étais lancé dans mes études sans savoir véritablement en quoi consistait le métier d'opticien, et je faisais alors des stages et des remplacements chez un opticien bordelais. Je m'étais imaginé que le métier associait à la fois sens du commerce et savoir faire, et je découvrais qu'un opticien vit finalement avec très peu de clients.
Il y a très peu de brassage dans un magasin d'optique, et je me suis dit alors que j'allais m'ennuyer à mourir ! On a le droit de se tromper en faisant ses études et je me refusais à faire quelque chose qui allait m'ennuyer. En 1972, j'ai donc ouvert mon premier magasin en me disant que j'allais procéder comme je pensais devoir le faire. Le problème des stages, c'est qu'on freine la créativité des gens en les incitant à reproduire un modèle qu'on pense être la seule référence. Il me semblait au contraire qu'il fallait radicalement changer la manière de concevoir un magasin d'optique. Le principe s'est révélé payant et a bientôt donné naissance à trois magasins : c'était déjà une petite structure !"
"Je n'ai jamais pris de risques de ma vie !"
"Au départ, j'ai commencé seul et très modestement, et puis j'ai engagé un premier collaborateur. A l'époque, le problème de la création était plus une question de choix et de stratégie : je me suis appuyé sur la conviction qu'on ne peut bien vendre que ce qu'on serait capable d'acheter. Prenais-je un risque ? On entend beaucoup de clichés sur les chefs d'entreprise qui ,dit-on, prennent des risques insensés. Pour ma part, je n'ai jamais pris de risques de ma vie !
De toute façon, quand on n'a rien, on ne risque rien ! On ne fait d'ailleurs pas des affaires par hasard : on peut se tromper et faire une mauvaise analyse, mais il faut savoir mesurer et équilibrer les enjeux. Par exemple, si je décide d'ouvrir des magasins en Espagne et que je commets une erreur, mes autres magasins me permettent de supporter le risque. Lorsque j'ai tenté l'aventure du Québec, le moment était mal choisi et nous n'avions pas suffisamment vérifié l'état du marché.
En nous obstinant, nous risquions de mettre l'entreprise en péril. Dans ce cas, il faut savoir s'arrêter. Aujourd'hui, quand on lance un nouveau concept, on dispose de suffisamment de moyens pour savoir où l'on va : si votre emplacement est mauvais, vous le savez en trois mois, et développer la publicité n'y changera rien. De la même manière, il me paraît tout aussi absurde de dire que les banquiers ne prêtent pas et freinent la création.
Ce ne sont pas des investisseurs : ils prêtent en attendant un retour et ont besoin de quasi certitudes. De même qu'un commerçant ne donne pas, il faut assimiler l'idée qu'un banquier prête s'il estime qu'il ne court pas de risque. Mais il va de soi qu'il faut soi-même être persuadé que ça va marcher pour convaincre le banquier. De manière générale, je crois beaucoup à la foi et à l'intuition. Dans les grosses entreprises, les dirigeants ne sont pas les créateurs et n'ont pas engagé de capitaux. Je crois pour ma part avoir gardé mon âme d'artisan !"
"La peur de l'échec est un frein à la création"
"Au bout du compte, si on a l'envie d'entreprendre et la chance d'avoir une idée, il faut le faire sans écouter les donneurs de leçon ! Ce qui freine aujourd'hui la création dans notre pays, c'est la peur de l'échec. On a peur si l'on échoue d'être vu comme un "mauvais", d'autant que si l'on dépose son bilan, on ne peut pendant cinq ans créer ou gérer une entreprise. Pourtant, l'échec est quelque chose de banal et de courant. Tous les créateurs savent bien que pour gagner, il faut aussi savoir perdre."
* Propos recueillis lors de la conférence "Entreprendre : un état d'esprit ?". Salon des micro-entreprises - automne 2003