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Salon des micro-entreprise : La jeunesse des créateurs

Jeunesse créateursSalon des Micro-entreprises automne 2002 : sur les 6000 m² d’exposition se pressent des milliers de visiteurs. Décidément, l’esprit d’entreprendre a le vent en poupe ! Premier constat, lorsqu’on déambule dans les allées : le succès de la manifestation ! Le second : la grande jeunesse des visiteurs ! Certes les générations se croisent autour des stands, mais la dominante est jeune. Si l’on doit déplorer une chose, c’est plutôt que les femmes soient encore en minorité...

Les raisons de cette mutation d'envergure

On a beaucoup parlé de l'effet Internet ; il est vrai que dans la plupart des entreprises liées au web, la moyenne d'âge tourne autour de vingt six ans. Même si l'effet start-up a pris du plomb dans l'aile, et que les business angels se montrent de plus en plus frileux, on dénombre pas moins de 60 000 entreprises créées par les moins de trente ans pour la seule année 2000. Qui plus est, la génération actuelle a tiré les leçons de la frénésie des dix dernières années, et propose des business plan plus solides.

Certains invoquent le modèle anglo-saxon. « A vingt-cinq ans, votre avenir est derrière vous ! » : voilà ce qu'on pouvait lire dans certains hebdomadaires américains il y a une dizaine d'années ! Même si de tels propos donnent froid dans le dos..., il suffit de lorgner de l'autre côté de la Manche pour s'apercevoir que nos voisins anglais se lançaient dans l'aventure de la création à un âge où leurs homologues français étaient encore sur les bancs de l'école. Désormais, les moins de 25 ans représentent en France 9% de la population des créateurs. Dans notre vieille Europe où la crédibilité allait souvent de pair avec « le nombre des années », le modèle du jeune créateur commence enfin à prendre souche.

Mais cette effervescence dans la création a bien évidemment des raisons plus sombres : elle est souvent la réponse personnelle à un effet de crise et une situation de chômage.

De nouvelles aspirations

Dans les années 80, quand ils n'étaient pas les héritiers d'une entreprise familiale, les créateurs faisaient souvent figure de marginaux. Il faut dire qu'à l ‘époque, les notions de risques et de contraintes mettaient un frein considérable aux velléités d'entreprendre. Le modèle en vigueur était alors le « cadre dynamique » fidèle à son entreprise.

Les sondages révèlent que les aspirations des jeunes ne sont plus du tout celles de leurs parents au même âge ! L'idée d'une « carrière à vie » ne les séduit plus guère, même s'ils sont encore nombreux à s'orienter vers la Fonction Publique. Quand on les interroge sur leurs perspectives d'avenir, la priorité est donnée à la création d'entreprise, puis vient le désir d'exercer plusieurs professions dans des entreprises différentes.

Le fameux sondage IFOP de 2000 révélait que 13 millions de Français étaient désireux d'entreprendre ! Quand il s'agit des jeunes de 18 à 24 ans, ils sont plus de 60% à avoir envie de créer, alors que leurs aînés de 35 à 50 ans ne sont qu'un peu moins de 30%. De tels chiffres révèlent très nettement une évolution des mentalités. Le modèle en vogue est bien désormais le créateur ! Quant aux raisons qui les poussent à entreprendre, le statut social arrive très loin derrière le désir de s'épanouir et de faire ce qui leur plaît ! L'esprit d'indépendance gagne chaque jour un peu plus de terrain...

Qui sont-ils ?

On voit arriver sur le marché deux types de jeunes créateurs : les premiers, peu diplômés, s'appuient sur leur savoir-faire. Ils sont souvent issus du chômage, et s'orientent le plus souvent vers l'artisanat ou le commerce. « On peut être en situation de création dès vingt ans, si l'on a suivi des études courtes, explique François Bussac, Directeur Général d'Edimétiers. A cet âge, un jeune plombier peut créer son entreprise. Il aura déjà accompli ses études et ses années d'apprentissage. »

Quant aux jeunes de 25 à 30 ans, issus de l'enseignement supérieur. ils sont plus de 30% à passer directement du statut d'étudiant à celui de créateur ! Amateurs des marchés nouveaux et des NTIC, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l'aventure.

Apprendre à entreprendre !

Alors que l'esprit d'entreprise imprègne de plus en plus nos mentalités, les formations à l'entrepreneuriat se multiplient. Le principe en dit long ; cela signifie qu'au sortir même de l'école, vous êtes prêt à fonder votre entreprise ! Les valeurs traditionnellement attachées à l'expérience semblent elles aussi s'effriter.

Les Mastères et DESS en la matière ne manquent pas. De la même façon, le développement de l'esprit associatif, qui devient un passage obligé dans beaucoup d'écoles, sert souvent de moteur à la création. Il est certain que gérer une association constitue un apprentissage idéal. Il n'est besoin que de citer le nombre croissant de junior entreprises.

Mais il est plus surprenant de voir que la frénésie d'entreprendre gagne les bancs du lycée, voire des écoles primaires au cours de certains projets pédagogiques. A tel point que l'entrepreneuriat est en passe de devenir une véritable discipline académique !

Nos entrepreneurs en culotte courte apprennent à concevoir et à commercialiser un produit, et reproduisent dans leur école les conditions de fonctionnement d'une entreprise. A travers ces projets, on apprend également à travailler en équipe, à prendre des initiatives et à développer son autonomie. Mais on y découvre aussi des rudiments de stratégie, de management, et même de droit et de gestion.

Ainsi donc, l'entrepreneuriat est encouragé à tous les niveaux du système éducatif.

Un parcours facilité

Si les mentalités sont porteuses, il faut aussi que les solutions se multiplient pour que la création ne soit plus le grand saut dans l'inconnu qui en dissuade plus d'un.

Les solutions pour un démarrage en douceur connaissent un succès mérité : principe des couveuses et des pépinières, portage salarial à mi-chemin entre le statut de salarié et celui d'indépendant, qui permet de se frotter sans risque aux réalités de l'indépendance.

Nous avons donc bien évolué vers une société de l ‘entreprise : « Notre époque et le discours social réhabilitent la création, commente François Bussac. Aujourd'hui, Le passage à l'acte effraie beaucoup moins. »

Mais si les jeunes font preuve d'un réel engouement, ils sont encore nombreux à déplorer la complexité administrative du processus de création. De plus, si la société dans son ensemble leur accorde sa confiance, les organismes financiers restent beaucoup plus conservateurs. « Si la jeunesse n'est plus un frein à la crédibilité, dans les faits, conclut François Bussac, elle représente encore un handicap, notamment auprès des banques quand il s'agit d'obtenir des crédits. »

Espérons que les mesures annoncées en faveur de la création lèveront ces derniers obstacles...